La communication pour les structures culturelles a été bouleversée en profondeur avec internet d'abord puis les réseaux sociaux. Il y a comme une évidence pour ces structures à être présentes sur les réseaux et médias sociaux. Leur légitimité à y être s'explique peut-être par une démarche non commerciale - ou du moins moins commerciale que d'autres structures - dont l'objectif est avant tout de partager des biens culturels, artistiques, spectaculaires. Bien entendu, ces structures cherchent aussi à vendre des entrées, à remplir des salles, des expositions (avec parfois des budgets assez important), mais il y a un projet au-dessus, vaguement hérité d'une politique culturelle d'après-guerre, d'un désir d'éducation du peuple.

S'appuyer sur une stratégie de communication

Comme pour toute communication, la présence sur internet se doit d'être dans la continuité de la stratégie de communication générale. Si vous partez de rien, d'une absence de réflexion et d'objectifs, il sera difficile de mettre en place une présence cohérente. L'évidence d'y être n'est pas suffisant. Vous aurez une visibilité, des internautes viendront voir ce qui s'y passe, ce que vous aurez à dire, mais vous vous trouverez vite dans un flou (pas forcément artistique) : que dire, comment le dire, quel ton...

Faire un bilan de votre présence web

Avant de commencer à investir les réseaux et les médias sociaux, faites un bilan de votre présence actuelle. Où diffusez-vous vos informations ? Sur votre site, dans un espace dédié de votre site, sur un blog ? Êtes-vous déjà sur des plateformes sociales ? Si oui, qu'y faites-vous ?

Où et comment communiquer

Dans un second temps, réfléchissez, en fonction de vos besoins puis ensuite de vos moyens, les supports qui pourraient vous aider à mieux communiquer. Par facilité, nous avons souvent tendance à dire que les réseaux et médias sociaux nous proposent les plateformes qui répondent à nos besoins et les dépassent même. Il ne faut cependant pas perdre de vue que ces plateformes, aussi riches soient-elles, sont des espaces privés qui dépendent de structures économiques plus ou moins viables, qui peuvent donc disparaître du jour au lendemain (enfin presque). Mettre ses contenus exclusivement chez elles, c'est risquer de tout perdre et accepter aussi de céder droits et utilisation - bien relire les conditions générales d'utilisation !

Partant de là, vous aurez à choisir des espaces pour vos contenus et des espaces pour les diffuser. Réduire les réseaux et médias sociaux à leur capacité de diffusion est cependant une erreur. Pour rendre leur utilisation plus intéressante et répondre à des attentes de service public (même si la structure n'est pas publique), ces plateformes devront aussi devenir des espaces relationnels forts. N'oubliez pas que les internautes peuvent être des ambassadeurs de votre lieu pour ce qu'il propose en général ou pour des événements précis (expositions, spectacles, festivals, etc.). Invitez-les à s'exprimer, n'ayez plus peur de leurs paroles.

Recréer du lien social

Souvent, quand il s'agit d'institutions culturelles, nous avons l'impression qu'il y a un mur entre les lieux et les gens qui les traversent. Peur qu'ils parlent, qu'ils disent du mal ou qu'ils disent mal du bien (et oui ce ne sont pas des professionnels de la communication), peur qu'ils prennent des photos à la volée, qu'ils enregistrent sans autorisation... Bref, peur qu'ils puissent s'enrichir sur le dos de la culture. La véritable question qu'il faut se poser : de quel enrichissement parlons-nous ?

Souvent, le désir des gens, émus par ce qu'ils voient, est de partager et d'inviter leurs relations à venir et à y participer. Les avertissements avant chaque spectacle nous demandant de ne pas prendre de photographie, de ne pas faire ceci ou cela devient de plus en plus anachronique. Le monde a changé, pas forcément en bien, pas forcément en mal, il a changé c'est tout. Faire en sorte que les spectateurs/visiteurs ne gênent pas le déroulement de la représentation ou le confort des autres dans un musée est tout à fait normal mais tout bloquer me semble être trop radical. Il faudrait plutôt développer le participatif. Essayer par exemple de regrouper les contributions des uns et des autres pour mettre en valeur la programmation culturel du lieu.

Investir la ville

Il faut aussi aller plus loin. À Rennes, depuis quelques années, l'opéra organise une séance grand public avec un écran sur la place de la mairie. Cet événement rassemble dans un esprit populaire une large population n'allant pas forcément à l'opéra le temps d'un opéra. Les messages des spectateurs peuvent se retrouver sur Twitter autour d'un hashtag (qui n'a pas un grand succès, il faut le reconnaitre). Cette démarche amorce un mouvement, plutôt urbain, dans lequel internet devrait avoir une place plus importante. Il s'agit de trouver comment, d'inventer un nouveau rapport avec le public. Ce qui me semble intéressant dans ce projet c'est la manière d'investir la ville dans le réel et dans le numérique - la distinction entre le monde réel et le monde virtuel n'a plus de sens aujourd'hui.

Vers une ville augmentée

Il reste à inventer l'événement culturel qui fera de la ville un espace multiple où se croiseront les impressions et les expériences, où les lieux se développeront sur internet pour offrir un complément à l'ensemble. La ville numérique est déjà là, les publics s'échangent des avis, commentent, participent au développement de la ville étendue. L'absence des institutions culturelles de ces espaces est problématique. Il faut investir ces espaces, qu'il y ait autre chose que des objectifs commerciaux, que la dictature du marketing.

À lire aussi :

Similar Posts: